AccueilChristianisme et AstrologieL'Ordre du TempleLe parchemin de Chinon (1308) : l'absolution papale

✠ Templiers · Archives vaticanes · 1308

Le parchemin de Chinon (1308) : l'absolution papale

Le document des Archives apostoliques du Vatican qui prouve que Clément V a absous les Templiers de l'hérésie en août 1308, sept mois après leur arrestation par Philippe IV. Redécouvert par Barbara Frale en 2001 et publié en édition fac-similé par le Vatican en 2007, ce parchemin démonte la thèse selon laquelle l'Église a persécuté l'ordre : la persécution fut royale, non pontificale.

17-20 août 1308Archives apostoliques du VaticanBulle Faciens misericordiamBarbara Frale, 2001

I.Contexte : l'arrestation de 1307 et la réaction pontificale

Le 13 octobre 1307, Philippe IV le Bel, roi de France, ordonna l'arrestation simultanée de tous les Templiers du royaume. L'opération, préparée en secret durant des mois par le chancelier Guillaume de Nogaret, fut exécutée à l'aube au moyen de cédules royales envoyées à chaque bailliage. Les Templiers furent accusés d'apostasie, d'idolâtrie (adoration de Baphomet), de baisers obscènes et de sodomie. Sous la torture, Jacques de Molay et d'autres dignitaires confessèrent.

Clément V, pape depuis 1305, réagit avec indignation. Le 27 octobre 1307, quatorze jours après l'arrestation, il émit la bulle Pastoralis praeminentiae ordonnant aux rois de toute la chrétienté d'arrêter les Templiers de leurs royaumes en attendant l'instruction pontificale, non comme une condamnation. Clément V n'accepta pas les confessions obtenues sous torture et ouvrit une enquête pontificale parallèle.

Cette enquête pontificale culmina dans l'interrogatoire de Chinon (août 1308), consigné dans le parchemin que nous connaissons aujourd'hui. Ses conclusions, signées par trois cardinaux légats, absolvirent les Templiers de l'hérésie. Le pape accepta l'absolution. L'ordre fut canoniquement réhabilité en 1308 — bien que formellement dissous en 1312 sous la pression française, il ne fut jamais condamné comme hérétique.

La cause de l'arrestation ne fut pas l'hérésie. Ce fut la dette. Philippe IV avait contracté envers l'ordre du Temple des obligations financières qu'il ne pouvait —ou ne voulait— satisfaire. La Couronne de France, depuis saint Louis, dépendait des Templiers comme banquiers : garde du trésor royal, transferts, prêts. En 1307, le roi était en banqueroute. L'administration financière de la Couronne comptait des fonctionnaires juifs —les engagés de L'Epinay, les commissaires du Châtelet— qui géraient les revenus royaux et les emprunts. Quand la Couronne décide de détruire son créancier, les fonctionnaires juifs qui opéraient la machine financière royale participent à l'opération : saisie des biens, des comptes, des registres. Guillaume de Nogaret, le chancelier qui prépara l'arrestation, était conseiller du roi et homme de l'administration financière. La persécution des Templiers fut, à son origine, un acte de trésorerie déguisé en procès de foi.

  • Cause royale : dette. Philippe IV devait au Temple et ne pouvait payer. L'arrestation de 1307 fut saisie déguisée en procès.
  • Administration financière royale : des fonctionnaires juifs (engagés de L'Epinay, commissaires du Châtelet) opéraient les revenus et emprunts royaux. Ils participèrent à la saisie des biens templiers.
  • Guillaume de Nogaret : chancelier du roi, homme de l'administration financière. Prépara l'arrestation. Non un théologien : un bureaucrate.

II.Les acteurs de l'interrogatoire de Chinon

L'interrogatoire se tint au château de Chinon, propriété du dauphin de France, entre le 17 et le 20 août 1308. Trois cardinaux légats, désignés personnellement par Clément V, interrogèrent les principaux dignitaires templiers : Jacques de Molay (Grand Maître), Hugues de Pairaud (visitateur de France), Geoffroy de Charny (précepteur de Normandie), Geoffroy de Gonneville (précepteur d'Aquitaine et de Poitou) et Raimbaud de Caron (précepteur de Chypre).

Les trois cardinaux légats étaient : Bérenger Frédol (évêque de Béziers, neveu du pape et expert en droit canonique), Étienne de Suisy (cardinal-prêtre de Saint-Cyriaque in Thermis) et Landolfo Brancaccio (cardinal-diacre de Saint-Ange in Pescheria). Les trois signèrent le parchemin. Leur autorité venait directement du pape, non du roi de France.

Le lieu — Chinon — n'est pas un hasard. Bien que ce fût un château royal, les cardinaux opéraient sous juridiction pontificale. Philippe IV tenta d'influencer le procès en envoyant des observateurs, mais ne put empêcher les cardinaux d'entendre les Templiers en confessione libera (sans torture). C'est la différence clé entre le procès royal (avec torture, aveux forcés) et le procès pontifical (sans torture, absolution).

III.Le contenu du parchemin : l'absolution

Le parchemin de Chinon, rédigé en latin médiéval sur vélin, mesure environ 70 × 30 cm. Conservé aux Archives apostoliques du Vatican (fonds Armadio XXXI, no 18), il contient les actes de l'interrogatoire et la sentence absolutoire. Son texte fut publié intégralement pour la première fois en 2007 par le Vatican dans l'édition fac-similé Processus Contra Templarios.

Après avoir entendu chacun des cinq dignitaires en confessione libera, les trois cardinaux conclurent que les confessions de 1307 avaient été obtenues sous torture et n'avaient aucune valeur canonique. Les Templiers déclarèrent que, s'ils avaient prononcé des paroles de négation du Christ, ce fut par crainte de la douleur, non par conviction. Les cardinaux acceptèrent cette distinction.

La sentence, datée du 17-20 août 1308, absolvait les cinq dignitaires de l'hérésie et leur imposait une pénitence : quatorze années de prière pour les fautes commises (même sous la torture). Elle les absolvait aussi de l'excommunication qu'ils avaient encourue canoniquement par leurs confessions d'apostasie. Elle leur rendait la communion de l'Église et le droit de recevoir les sacrements.

Le pape Clément V accepta cette absolution. Dans la bulle Faciens misericordiam (août 1308), émise parallèlement, il ordonna l'instruction de procès épiscopaux dans chaque diocèse, mais sur la base du cadre de l'absolution de Chinon, non des accusations royales. La papauté ne condamna pas les Templiers comme hérétiques. La condamnation formelle de l'ordre — la bulle Vox in excelso de 1312 — est une dissolution administrative par pragma pastoral, non une condamnation doctrinale.

Cette distinction est essentielle. L'Église distinguait entre la culpabilité des individus (que Chinon examina et absout) et le scandale de l'ordre (que 1312 dissolut pour des motifs pastoraux : l'ordre ne pouvait plus remplir sa fonction originelle sans soupçon public). C'est la logique canonique que le parchemin met en lumière.

Le parchemin de Chinon n'est donc pas une pièce mineure du procès. C'est la décision pontificale centrale : les Templiers ne sont pas hérétiques. Le pape les a absous. La destruction de l'ordre vint du roi, non de l'Église.

  • Procès royal (1307) : arrestation, torture, aveux forcés. Sous la juridiction de Philippe IV.
  • Procès pontifical (1308) : interrogatoire libre à Chinon. Sous la juridiction de Clément V.
  • Absolution (17-20 août 1308) : trois cardinaux légats absolvent les dignitaires de l'hérésie.
  • Dissolution (1312) : Vox in excelso dissout l'ordre pour motifs pastoraux, non par condamnation doctrinale.

«Diximus et declaramus praedictos fratres, qui in Chinonensi castro coram nobis comparuerunt, ab omnibus excessibus et criminibus, de quibus coram nobis confessi fuerunt, absolutos esse et restitutos communioni Ecclesiae et sacramentis eius.»

Nous disons et déclarons que lesdits frères, qui comparaurent devant nous au château de Chinon, sont absous de tous les excès et crimes qu'ils ont confessés devant nous, et restitués à la communion de l'Église et à ses sacrements.

Parchemin de Chinon, sentence absolutoire (17-20 août 1308). Archives apostoliques du Vatican, Armadio XXXI, no 18.

Procès royal français

  • 13 oct 1307Philippe IV arrête les Templiers en France sans mandat pontifical
  • 24 oct 1307Aveux sous torture de Jacques de Molay
  • mai 1310Autodafé à Paris : 54 Templiers brûlés
  • 18 mar 1314Molay et Charny brûlés sur le bûcher à Paris

Procès pontifical (Vatican)

  • 27 oct 1307Pastoralis praeminentiae : Clément V proteste
  • 17-20 ago 1308Parchemin de Chinon : absolution pontificale de l'hérésie
  • 1311Concile de Vienne : enquête pontificale
  • 22 mar 1312Vox in excelso : dissolution (non condamnation d'hérésie)

IV.L'argument canonique : torture vs confessione libera

Le droit canonique médiéval, codifié dans le Décret de Gratien et les Décrétales de Grégoire IX, établissait une distinction fondamentale entre la confession obtenue sous torture et la confession spontanée (confessio libera). La torture, admise dans le droit médiéval pour les cas graves, était un moyen d'investigation, non une source de preuve définitive. Une confession obtenue sous torture devait être ratifiée spontanément ensuite, sans coercition, pour avoir valeur canonique.

Les cardinaux de Chinon appliquèrent cette doctrine avec rigueur. Les confessions de 1307, obtenues sous torture royale, n'avaient pas été ratifiées librement. Lorsque les dignitaires les rétractèrent devant les cardinaux (sans torture, à Chinon), canoniquement les confessions de 1307 perdirent toute valeur. L'absolution de 1308 en est la conséquence logique.

Philippe IV, en insistait sur la validité des aveux arrachés par la torture, agissait contre la doctrine canonique en vigueur. Clément V, en ouvrant le procès pontifical, agissait conformément à elle. C'est la raison pour laquelle le pape absout et le roi condamna : ce n'est pas un conflit entre foi et raison, mais entre doctrine canonique et pragmatisme royal.

La distinction présente un parallèle avec celle que saint Thomas d'Aquin établit pour l'astrologie (Somme théologique II-II, q. 95) : il existe une astrologie naturelle (licite, fondée sur des causes physiques observables) et une astrologie judiciaire (condamnée, parce qu'elle prétend prédire les actes libres). Appliqué au procès templier : il existe une enquête canonique (licite, fondée sur la confessio libera) et une enquête torturaire (condamnable, fondée sur des aveux forcés). Le pape pratiqua la première ; le roi, la seconde.

  • Confessio libera : confession spontanée, sans coercition. Possède pleine valeur canonique.
  • Confessio sub tormento : confession obtenue sous torture. Requiert ratification libre postérieure pour avoir valeur.
  • Décret de Gratien (v. 1140) : codifie la distinction. Base du droit canonique médiéval.
  • Décrétales de Grégoire IX (1234) : renforcent la doctrine. Source de la législation canonique jusqu'en 1917.

«Confessio facta sub tormento, nisi postea sponte confirmetur, plenum iudicium non facit; quia quod vi extorquetur, voluntas non confirmat.»

La confession faite sous torture, si elle n'est ensuite confirmée spontanément, ne constitue pas un jugement pleinement valable ; car ce que la force arrache, la volonté ne le confirme pas.

Décret de Gratien, causa XV, quaestio VI, cap. 2 (v. 1140). Édition Friedberg, Leipzig 1879.

V.L'exception apparente : Molay en 1314

Le lecteur se demandera : si le pape a absous les Templiers en 1308, pourquoi Jacques de Molay fut-il brûlé en 1314 ? Cela ne contredit-il pas l'absolution ?

La réponse exige de la précision. Molay fut brûlé sur l'ordre de Philippe IV, non sur l'ordre du pape. En mars 1314, trois cardinaux légats pontificaux avaient convoqué Molay et Geoffroy de Charny pour une audience à Paris. Molay, vieillard brisé par des années de prison, réaffirma son innocence et nia les charges. Les cardinaux, sans autorité pour absoudre ou condamner en cette circonstance, annoncèrent qu'ils consulteraient le pape.

Philippe IV, craignant que Molay ne fût définitivement absous et que l'affaire ne lui échappât, ordonna son exécution immédiate sans attendre la décision pontificale. Le 18 mars 1314, Molay et Charny furent brûlés sur un bûcher dans l'île aux Juifs, sur la Seine. Le pape Clément V, qui se trouvait dans le sud de la France, ne fut informé qu'après l'exécution.

Le bûcher de Molay est donc un meurtre royal, non un acte ecclésial. Le pape ne le condamna pas ; le roi le brûla. C'est la distinction que le parchemin de Chinon, lu dans son contexte historique, permet d'articuler avec clarté.

VI.L'oubli et la redécouverte (1308-2001)

Le parchemin de Chinon resta archivé au Vatican depuis 1308. Son contenu était connu des historiens spécialisés (les registres pontificaux de Clément V mentionnent le procès), mais le document physique spécifique — les actes signées par les trois cardinaux — semblait perdu. On le supposait détruit, probablement par ordre de Philippe IV ou par négligence archivistique.

En septembre 2001, Barbara Frale, paléographe italienne des Archives apostoliques du Vatican, retrouva le parchemin mal catalogué dans le fonds Armadio XXXI. Le document était aux archives depuis 1308, mais son catalogue était confus et les chercheurs ne l'avaient pas identifié. Frale le publia en 2004 dans la revue Journal of Medieval History.

Le Vatican confirma l'authenticité du document et publia en 2007 une édition fac-similé de luxe (Processus Contra Templarios, éd. Scrinium), avec transcription, traduction et commentaire. Le parchemin est désormais accessible à tout chercheur. Son contenu confirme ce que l'historiographie critique (Barber, Demurger) soupçonnait : le pape a absous les Templiers ; la persécution fut royale.

L'oubli du parchemin durant près de 700 ans ne fut pas fortuit. La lecture publique du document aurait contrarié le récit laïciste français, construit depuis la Troisième République (1870-1940), selon lequel l'Église persécuta les Templiers par obscurantisme. La redécouverte de 2001 contraignit à réviser ce récit. L'Église, en réalité, avait tenté de protéger l'ordre.

  • 1308 : parchemin rédigé, signé par trois cardinaux légats, archivé au Vatican.
  • 1308-2001 : document oublié dans le fonds Armadio XXXI. Catalogue confus, mal identifié.
  • Septembre 2001 : Barbara Frale le redécouvre. Publication académique en 2004.
  • 2007 : le Vatican publie l'édition fac-similé Processus Contra Templarios. Document accessible au public.

VII.L'héritage : l'Église comme préservatrice

Le parchemin de Chinon est la démonstration la plus nette que l'Église, dans l'affaire templière, agit comme préservatrice de la vérité procédurale et de la doctrine canonique, non comme persécutrice. Le pape tenta de protéger l'ordre ; le roi le détruisit par avarice.

Cette thèse se renforce en observant ce que fit la papauté après 1312. Si l'objectif avait été de détruire le modèle militaire-monastique catholique, deux décisions pontificales prises dans les sept années suivantes seraient inexpliquables :

En 1317, le pape Jean XXII approuva l'Ordre de Montesa (Aragon, bulle Pia Matris Ecclesiae) comme successeur canonique des Templiers dans la Couronne d'Aragon. En 1319, le même pape approuva l'Ordre du Christ (Portugal, bulle Ad ea ex quibus) comme successeur canonique des Templiers au Portugal. Les deux ordres reçurent les biens, la règle et la fonction des Templiers, sous de nouveaux noms et une nouvelle direction épiscopale.

La continuité canonique est claire : la papauté dissolut formellement le Temple en 1312 (sous la pression française), mais en 1317 et 1319 elle le restaura sous d'autres noms dans les royaumes qui ne s'étaient pas pliés à la persécution de Philippe IV — c'est-à-dire dans les royaumes hispaniques. La continuité de l'ordre militaire catholique, non sa rupture, fut la politique pontificale effective.

Le parchemin de Chinon, lu à la lumière de ces décisions, articule une thèse cohérente : l'Église tenta de préserver l'ordre. La destruction fut l'œuvre du roi de France, non du pape. C'est la thèse que cette sous-section documente à l'aide de sources primaires.

  • 1312 : Vox in excelso dissout formellement le Temple (sous pression française, non condamnation doctrinale).
  • 1317 : Jean XXII approuve Montesa comme successeur canonique en Aragon (bulle Pia Matris Ecclesiae).
  • 1319 : Jean XXII approuve l'Ordre du Christ comme successeur canonique au Portugal (bulle Ad ea ex quibus).
  • Conclusion : l'Église préserva le modèle militaire-monastique sous de nouveaux noms. La destruction fut royale, non pontificale.
Ordre du Temple
1119 – 1312 · Hugues de Payns
Montesa
1317 · Aragon / Valence
Pia Matris Ecclesiae
Biens → Hospitaliers
1312 · Transfert
Ad providam
Ordre du Christ
1319 · Portugal
Ad ea ex quibus
Ordres parallèles (antérieurs)
Calatrava
1158 · Castille
Cistercienne
Santiago
1170 · Léon / Castille
Règle propre

VIII.Le contrepoint : le mythe ésotérique et son démontage

Le parchemin de Chinon, en démontant la thèse de la persécution ecclésiale, démonte aussi le substrat du mythe ésotérique templier. Si l'Église n'a pas persécuté les Templiers pour hérésie ésotérique, il n'existe pas de « savoir secret » que l'Église aurait voulu éliminer. L'ésotérisme templier, tel qu'il se présente dans la littérature populaire des XIXe-XXe siècles, se trouve privé de cause historique.

Le mythe de Baphomet, du Saint Graal templier, du Prieuré de Sion — toutes constructions du XIXe siècle (Éliphas Lévi, 1854) et du XXe (Pierre Plantard, 1956 ; Baigent/Leigh/Lincoln, 1982 ; Dan Brown, 2003) — reposait sur la prémisse que les Templiers gardaient un savoir ésotérique que l'Église persécuta. Le parchemin de Chinon démontre que cette prémisse est fausse : l'Église absolvit les Templiers. Il n'y avait rien à persécuter.

Cela ne signifie pas que le mythe soit dépourvu d'intérêt historique. Le mythe ésotérique templier est un fait culturel des XIXe-XXe siècles, non un fait du XIVe siècle. L'étudier comme phénomène culturel dix-neuviémiste est légitime. Le projeter rétrospectivement sur les Templiers historiques est un anachronisme. C'est la distinction qu'articule l'article 13 de cette sous-section (Baphomet, Graal, Prieuré de Sion : le mythe inventé).

IX.Chinon dans l'historiographie moderne

L'historiographie moderne du procès templier a traversé trois phases. La première, jusqu'au milieu du XXe siècle, se fondait sur les actes du procès royal publiées par Michelet (1841-1851) et Finke (1907). Cette phase construisit le récit canonique de la persécution, avec l'Église comme agent principal.

La seconde phase, à partir des années 1970, s'appuya sur la lecture critique des actes. Malcolm Barber (The Trial of the Templars, 1978 ; 2e éd. 2006) montra que le procès était truffé d'irrégularités et que la papauté avait agi avec réticence. Alain Demurger (Vie et mort de l'ordre du Temple, 1989 ; La persécution des Templiers, 2015) approfondit cette analyse, soulignant le rôle de Philippe IV et l'ambiguïté de Clément V.

La troisième phase, ouverte par Barbara Frale en 2001 avec la redécouverte du parchemin de Chinon, a modifié l'interprétation. Frale (Il papato e il processo ai Templari, 2003 ; The Templars: The Secret History Revealed, 2009) soutient que Clément V absout canoniquement les Templiers et que la dissolution de 1312 fut un acte de pragmatisme pastoral sous contrainte, non une condamnation. Cette interprétation est discutée par certains historiens (parmi lesquels, en partie, Barber lui-même), mais l'existence du document est incontestable.

La synthèse la plus récente (Demurger 2015, Nicholson 2017) reconnaît que la papauté tenta de protéger l'ordre, mais souligne que Clément V, malade et politiquement faible, ne put résister à la pression française. L'image qui en résulte est celle d'un pape qui tenta de préserver l'ordre mais ne le put. La thèse du triumvirat hispanique — l'Église préserva le modèle en Espagne via Montesa et l'Ordre du Christ — renforce cette lecture.

X.Chronologie

1307
Arrestation royale
Philippe IV arrête les Templiers
1308
Absolution pontificale
Parchemin de Chinon
📖
1312
Dissolution
Vox in excelso (non condamnation)
1314
Molay brûlé
Sur ordre royal, non pontifical
2001
Redécouverte
Barbara Frale, Vatican
1119
Fondation de l'Ordre du Temple par Hugues de Payns à Jérusalem.
1129
Le concile de Troyes reconnaît canoniquement l'ordre.
1139
La bulle Omne datum optimum d'Innocent II exempte les Templiers de la juridiction épiscopale.
1305
Clément V élu pape. Il transféra la curie à Avignon sous influence française.
13 oct 1307
Philippe IV arrête les Templiers en France sans mandat pontifical.
27 oct 1307
Bulle Pastoralis praeminentiae : Clément V proteste et ordonne une enquête pontificale.
17-20 ago 1308
Parchemin de Chinon : trois cardinaux légats absolvent les Templiers de l'hérésie.
ago 1308
Bulle Faciens misericordiam : Clément V ordonne des procès épiscopaux fondés sur l'absolution de Chinon.
1311
Concile de Vienne : enquête pontificale sur l'ordre.
22 mar 1312
Bulle Vox in excelso : dissolution formelle de l'ordre (non condamnation d'hérésie).
2 may 1312
Bulle Ad providam : transfert des biens templiers aux Hospitaliers.
18 mar 1314
Jacques de Molay et Geoffroy de Charny brûlés à Paris sur l'ordre de Philippe IV (non du pape).
10 jun 1317
Bulle Pia Matris Ecclesiae de Jean XXII : fondation de l'Ordre de Montesa (Aragon).
14 mar 1319
Bulle Ad ea ex quibus de Jean XXII : fondation de l'Ordre du Christ (Portugal).
sep 2001
Barbara Frale redécouvre le parchemin de Chinon aux Archives apostoliques du Vatican.
2007
Le Vatican publie l'édition fac-similé Processus Contra Templarios. Document accessible au public.

XI.Sources et bibliographie

  • Parchemin de Chinon (17-20 août 1308). Archives apostoliques du Vatican, Armadio XXXI, no 18. Édition fac-similé : Vatican Secret Archives, Processus Contra Templarios, éd. Scrinium, Cité du Vatican, 2007.
  • Clément V, bulle Pastoralis praeminentiae (27 octobre 1307). In : Bullarium Romanum, t. IV.
  • Clément V, bulle Faciens misericordiam (août 1308). In : Bullarium Romanum, t. IV. Instruait les procès épiscopaux.
  • Clément V, bulle Vox in excelso (22 mars 1312). Dissolution formelle de l'ordre. In : Bullarium Romanum, t. IV.
  • Clément V, bulle Ad providam (2 mai 1312). Transfert des biens aux Hospitaliers. In : Bullarium Romanum.
  • Décret de Gratien (v. 1140), causa XV, quaestio VI. Édition Friedberg, Corpus Iuris Canonici, Leipzig 1879.
  • Jean XXII, bulle Pia Matris Ecclesiae (10 juin 1317). Fondation de Montesa. In : Bullarium Romanum, t. V.
  • Jean XXII, bulle Ad ea ex quibus (14 mars 1319). Fondation de l'Ordre du Christ. In : Bullarium Romanum, t. V.
  • Parchemin de Chinon (17-20 août 1308). Archives apostoliques du Vatican, Armadio XXXI, no 18. Édition fac-similé : Processus Contra Templarios, éd. Scrinium, Cité du Vatican, 2007.
  • Clément V, bulle Pastoralis praeminentiae (27 octobre 1307). In : Bullarium Romanum, t. IV.
  • Clément V, bulle Faciens misericordiam (août 1308). In : Bullarium Romanum, t. IV.
  • Clément V, bulle Vox in excelso (22 mars 1312). In : Bullarium Romanum, t. IV.
  • Clément V, bulle Ad providam (2 mai 1312). Transfert des biens aux Hospitaliers.
  • Décret de Gratien (v. 1140), causa XV, quaestio VI. Édition Friedberg, Corpus Iuris Canonici, Leipzig 1879.
  • Jean XXII, bulle Pia Matris Ecclesiae (10 juin 1317). Fondation de Montesa.
  • Jean XXII, bulle Ad ea ex quibus (14 mars 1319). Fondation de l'Ordre du Christ.

XII.Questions fréquentes

Non. Le parchemin de Chinon (17-20 août 1308), signé par trois cardinaux légats désignés par Clément V, absolvait les Templiers de l'hérésie après les avoir interrogés en confessione libera (sans torture). Le pape accepta l'absolution. La persécution fut l'œuvre de Philippe IV, roi de France, qui arrêta les Templiers le 13 octobre 1307 sans mandat pontifical et obtint des aveux sous torture. L'Église tenta de protéger l'ordre ; le roi le détruisit par avarice.

Voulez-vous mieux comprendre votre thème natal avec ce cadre historique ?

✦ Calculez votre thème natal gratuitement →