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✠ Templiers · Cîteaux · 1129–1130

La Règle de Bernard de Clairvaux : le charisme de la nouvelle milice

En l'hiver de 1129, lorsque les chemins de Champagne étaient encore gelés, l'abbé Bernard de Clairvaux reçut de Hugues de Payns la charge de donner voix canonique à une milice qu'aucun moine n'avait vue auparavant : des chevaliers qui professaient la pauvreté et qui, au lieu de suspendre l'épée en entrant en religion, la conservaient pour défendre le pèlerin. De cette charge naquirent deux textes inséparables — la Règle latine primitive, approuvée au concile de Troyes, et le De laude novae militiae, panégyrique que Bernard rédigea à Clairvaux avant 1136. L'Église n'improvisait pas : elle donnait forme canonique au charisme avant que le charisme ne se corrompît.

Concile de Troyes · janvier 1129Règle latine primitive · 72 chapitresDe laude novae militiae · c. 1130–1135Éd. Leclercq, Sancti Bernardi Opera, t. III

I.Contexte : l'hiver de Troyes et la profession des neuf

En janvier 1129, le légat pontifical Matthieu d'Albano convoqua à Troyes, capitale du comté de Champagne, un concile provincial auquel assistèrent les archevêques de Reims et de Sens, les évêques de Chartres et de Paris, et une vingtaine d'abbés. Parmi ceux-ci, Bernard de Clairvaux, abbé d'un monastère cistercien fondé quatorze ans auparavant et déjà devenu tête d'une filiation qui comptait des dizaines de maisons. L'assemblée ne se réunissait pas pour la milice. Elle se réunissait pour des affaires diocésaines. La milice y parvint de la main de Hugues de Payns.

Hugues de Payns avait débarqué en Occident en 1127 ou 1128, après près d'une décennie à garder les chemins de Jérusalem avec huit compagnons. Il portait deux charges du roi Baudouin II et du patriarche Étienne de La Ferté : recruter des chevaliers et obtenir la reconnaissance canonique. Il recruta en Champagne, en Bourgogne, en Flandre. La reconnaissance canonique, il la demanda à Troyes. Il comparaquit devant les pères, présenta sa profession de pauvreté, chasteté et défense armée du pèlerin, et laissa sur la table un esquisse de règle rédigée, selon la chronique, par le patriarche de Jérusalem.

Les pères conciliaires n'avaient pas de précédent. Aucun ordre religieux, jusque-là, n'avait armé ses professes. La Règle de saint Benoît — norme matrice de toute la vie monastique latine — interdisait au moine de porter l'épée. Comment articuler canoniquement un chevalier qui est à la fois religieux et combattant ? La question n'était pas militaire. Elle était théologique. Si le chevalier tue, commet-il péché ou exécute-t-il justice ? S'il est religieux, comment concilie-t-il le vœu de paix avec l'office des armes ?

Bernard, présent dans la salle, prit la plume. La tradition cistercienne, recueillie par son secrétaire Geoffroy d'Auxerre, attribue à l'abbé de Clairvaux la rédaction effective de la Règle primitive que le concile approuva : soixante-douze chapitres en latin, signés par les pères et envoyés à Rome pour leur confirmation pontificale. L'Église n'allait pas laisser le charisme militaire sans cadre. Elle lui donna forme canonique avant qu'on pût le qualifier d'hérésie.

II.Bernard de Clairvaux : le moine qui écrivit la Règle

Bernard avait trente-neuf ans en 1129. Il était né au château de Fontaine-lès-Dijon, troisième fils du chevalier Tescelin le Sorrus, et entré à vingt-deux ans à Cîteaux avec trente parents — frères, oncles, cousins — qu'il entraîna à sa suite au noviciat. En 1115, Étienne Harding l'envoya fonder Clairvaux, dans une vallée inhospitalière de la Champagne méridionale. De cette vallée sortirait, en moins de vingt ans, une congrégation de plus de soixante abbayes filles.

Son autorité en 1129 ne venait pas de la charge. Elle venait de la parole. Bernard écrivait des lettres que les rois lisaient à genoux, prêchait des croisades qui mouvaient les foules, intervenait dans les schismes et les conciles. Il était, à la fois, contemplatif et homme d'action — le double chiffre du cistercien. Quand Hugues de Payns lui demanda de défendre par écrit la nouvelle milice, Bernard n'écrivit pas un traité de théologie militaire. Il écrivit un panégyrique. Il le titra De laude novae militiae, « À la louange de la nouvelle milice », et y opposa, chapitre par chapitre, le chevalier séculier — qui tue par vanité, se couvre d'or, poursuit la gloire du monde — au chevalier du Christ, qui tue par justice et meurt pour le Christ.

Le De laude n'est pas la Règle. Il en est la glose vivante. La Règle latine primitive, approuvée à Troyes, fixe le cadre canonique — vœux, hiérarchie, liturgie, discipline conventuelle —, et le De laude articule la théologie qui justifie ce cadre. Bernard sut ce qu'il faisait : il donna à la milice une règle à obéir et un idéal à aimer. L'Église approuve des règles. Les hommes obéissent par amour.

La charge d'Hugues de Payns ne fut pas gratuite. Bernard était parent, par la branche maternelle, de plusieurs chevaliers de Champagne qui étaient entrés dans la nouvelle milice. Il connaissait les hommes à qui il écrivait. Il leur écrivit à Clairvaux, probablement entre 1130 et 1135, après Troyes et avant la bulle Omne datum optimum. Le texte circula manuscrit entre les commanderies durant des années avant de se consolider. Aujourd'hui il se conserve dans une trentaine de témoins, édités critiquement par Jean Leclercq au tome III des Sancti Bernardi Opera (Rome, 1963).

III.Le contenu de la Règle latine primitive

La Règle primitive approuvée à Troyes compte soixante-douze chapitres en latin médiéval. Elle survit dans une trentaine de manuscrits ; l'édition de référence est Henri de Curzon, La Règle du Temple (Paris, 1886), révisée et traduite en anglais par Judith Upton-Ward dans The Rule of the Templars (Boydell, 1992), qui incorpore aussi les statuts hiérarchiques ajoutés entre 1139 et 1250. Le texte fixe quatre axes — profession, hiérarchie, liturgie et discipline conventuelle — que l'Église articulerait en ce janvier 1129 et que l'ordre conserverait, sans rupture, durant près de deux siècles.

La profession — chapitres I à XIV — établit les trois vœux : pauvreté, chasteté et obéissance. Le chevalier qui entre dans l'ordre renonce à toute propriété personnelle ; il contracte obligation de chasteté, même s'il est marié, car il professe vivre séparé de l'épouse ; il promet obéissance au maître. Le chapitre IV remplace l'office choral par un nombre fixe de Pater : les frères lais, en majorité analphabètes, ne savaient pas lire le Psautier, et l'Église, au lieu de les exclure de la prière, leur donna une règle que tout chevalier pût accomplir — treize Pater à matines, sept à chacune des petites heures, au lieu du Bréviaire canonique. L'Église savait adapter la liturgie à l'homme sans abaisser le dépôt.

La hiérarchie — chapitres XV à XLIV — fixe les offices. Le maître, élu par chapitre général, détient autorité suprême mais est tenu de consulter le chapitre en guerre, en paix et dans la réception des frères. Le sénéchal est son lieutenant ; le maréchal commande la cavalerie ; les commandeurs régissent les commanderies provinciales. Les frères chevaliers, d'origine noble, portent le manteau blanc — concédé pour les distinguer des sergents — et sur le manteau, à partir de 1147, la croix rouge pattée, ajoutée par concession d'Eugène III pour la seconde croisade. Les frères sergents, d'origine plébéienne, portent le manteau noir ou brun. Les chapelains — clercs ordonnés, avec faculté de confesser et célébrer — s'incorporent à l'ordre à partir de 1139, lorsque la bulle Omne datum optimum d'Innocent II exempt le Temple de la juridiction épiscopale et lui permet d'avoir clergé propre. La hiérarchie n'est pas militaire : elle est monastique adaptée à l'office des armes.

La discipline conventuelle — chapitres XLV à LXXII — règle le vêtement, le repas, le sommeil, les chevaux et les armes. Elle interdit la chasse à courre, sauf celle du lion — c'est-à-dire des bêtes qui assaillent le pèlerin —, la fauconnerie, les jeux de hasard, le luxe des harnais. Nul frère ne peut porter d'or ou d'argent dans son équipement. Les repas sont communs, en silence, avec lecture. Nul frère ne peut baiser femme quelconque, pas même sa mère ou sa sœur. La Règle ne légifère pas la piété : elle légifère le quotidien, car c'est dans le quotidien que se prouve la profession.

Soixante-douze chapitres. Pauvreté, chasteté, obéissance. Liturgie adaptée au lai. Hiérarchie claire. Discipline sans concessions. L'Église n'improvisait pas un charisme nouveau : elle lui donnait forme canonique pour que le chevalier pût être religieux sans cesser d'être chevalier.

  • Profession (cap. I-XIV) : trois vœux de pauvreté, chasteté et obéissance. Substitution de l'office choral par des Pater pour les lais.
  • Hiérarchie (cap. XV-XLIV) : maître, sénéchal, maréchal, commandeurs. Chevaliers au manteau blanc, sergents au manteau brun, chapelains dès 1139.
  • Liturgie : treize Pater à matines, sept à chaque petite heure. Chapelains propres après Omne datum optimum.
  • Discipline (cap. XLV-LXXII) : chasse interdite sauf le lion, fauconnerie interdite, sans or ni argent dans les harnais, sans baiser femme quelconque, repas en silence avec lecture.

«Nos, Deo auspice, in odore suavitatis devote suspirantes ad Dominum Iesum Christum, et gloriosae Virginis genitricis eius patrocinio confidentes, ordinem suscepimus militiae templi Salomonis, sub regula beati Benedicti abbatis a patribus in concilio Tricassino approbata.»

Nous, sous les auspices de Dieu, soupirant avec dévotion en odeur de suavité vers le Seigneur Jésus-Christ, et confiant dans le patronage de la glorieuse Vierge sa Mère, avons reçu l'ordre de la milice du Temple de Salomon, sous la règle du bienheureux abbé Benoît, approuvée par les pères au concile de Troyes.

Règle latine primitive, prologue (concile de Troyes, janvier 1129). Édition : Henri de Curzon, La Règle du Temple, Paris, 1886 ; trad. Judith Upton-Ward, The Rule of the Templars, Boydell, 1992.

IV.La théologie de la nouvelle milice dans le De laude

Bernard écrivit le De laude novae militiae à Clairvaux, probablement entre 1130 et 1135, après Troyes et avant la bulle Omne datum optimum. Il le dédia à Hugues de Payns et aux frères de la nouvelle milice. Le texte se conserve dans une trentaine de manuscrits, édités critiquement par Jean Leclercq au tome III des Sancti Bernardi Opera (Rome, Editiones Cistercienses, 1963, pp. 213-239). Ce n'est pas un traité systématique : c'est un panégyrique, écrit pour mouvoir les chevaliers à la profession, qui articule en peu de chapitres la théologie qui justifie le charisme templier.

L'argument central est audacieux. Bernard distingue deux espèces de chevalerie. La chevalerie séculière — le chevalier qui tue par vanité, se couvre d'or, poursuit la gloire du monde — vit et meurt dans le péché. La chevalerie du Christ — le chevalier qui tue par justice et meurt pour le Christ — vit et meurt dans la grâce. La distinction n'est pas rhétorique : elle est théologique. Le chevalier séculier, en tuant, commet homicide ou s'expose à l'homicide, et dans les deux cas met en péril son âme. Le chevalier du Christ, en tuant l'ennemi du Christ, ne commet pas homicide : il commet, dit Bernard, malicide — il tue le mal, non l'homme. Et en mourant, il gagne le ciel.

La formule est délibérément paradoxale et Bernard la soutient par l'Écriture. Il cite le conseil de Jean-Baptiste aux soldats qui lui demandent que faire : « Ne commettez ni extorsion ni fausse accusation envers personne, et contentez-vous de votre solde » (Lc 3,14). Jean ne leur commande pas de suspendre l'épée : il leur commande de l'usage avec justice. Il cite les Macchabées, qui combattirent pour la loi et pour le temple. Il cite le psalmiste : « Beatus vir qui retribuet retributionem » (Ps 57,11) — bienheureux l'homme qui rendra la rétribution. La doctrine du combat juste n'est pas un patch que l'Église ajoute à contrecœur : elle est la reconnaissance que le mal existe, que le mal armé ne s'arrête pas avec des mots et que l'homme bon habile en l'usage légitime de la force est la réponse que le mal ne peut supporter. L'Église le savait en 1129. Bernard l'écrit sans hésiter : le chevalier du Christ n'est pas un moine qui s'excuse de porter l'épée. Il est un moine qui porte l'épée parce que l'épée, en des mains justes, est instrument de charité envers le faible.

L'Église n'inventait pas en 1129 une théologie de l'épée : elle appliquait, au charisme nouveau, la doctrine du combat juste qu'Augustin avait articulée huit siècles auparavant dans Contra Faustum XXII, 74-79 et que Thomas d'Aquin codifierait un siècle plus tard dans Summa Theologica II-II, q.40. L'Église préservait le dépôt : elle l'appliquait à une milice qui demandait forme.

C'est la tension que le De laude résout. Le moine, selon la Règle de saint Benoît, est homme de paix : ora et labora, il ne tue pas. Le chevalier, selon l'ordre féodal, est homme d'épée : il tue ou meurt pour le seigneur. La nouveauté de la milice templière est de joindre les deux états — religieux et armé — sans qu'aucun des deux soit vidé. Bernard l'articule en une phrase qui demeura comme chiffre de l'ordre : le chevalier du Christ « tue en sécurité, meurt en sécurité ». S'il tue, il tue pour le Christ ; s'il meurt, il meurt pour le Christ. En aucun des deux cas il ne perd l'âme. La théologie précédait la Règle. La Règle lui donnait corps canonique. Le De laude lui donnait voix.

  • Chevalier séculier : tue par vanité, se couvre d'or, meurt dans le péché.
  • Chevalier du Christ : tue par justice, meurt pour le Christ, gagne le ciel.
  • Malicide, non homicide : en tuant l'ennemi du Christ, il tue le mal, non l'homme.
  • Fondement augustinien : l'Église n'invente pas en 1129 ; elle applique la doctrine du combat juste de Contra Faustum XXII, codifiée ensuite par Thomas dans Summa II-II, q.40.

«Miles Christi securus occidit, securus moritur. Si enim moritur, pro Christo moritur; si occidit, pro Christo occidit. Nam cum occiderit malum, non homicida sed malicida dicitur.»

Le chevalier du Christ tue en sécurité, meurt en sécurité. Car s'il meurt, il meurt pour le Christ ; s'il tue, il tue pour le Christ. Et quand il tue le méchant, on ne l'appelle pas homicide mais malicide.

Bernard de Clairvaux, De laude novae militiae, cap. III (c. 1130-1135). Édition critique : Sancti Bernardi Opera, éd. J. Leclercq, H. Rochais, C. H. Talbot, t. III, Rome, Editiones Cistercienses, 1963, pp. 217-218.

Chevalier séculier

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Chevalier du Christ

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V.La limite du malicide : le captif et le rendu

L'argument du De laude a une limite canonique que la Règle fixe avec précision. Le chevalier du Christ tue l'ennemi au combat. Il ne tue pas le captif, il ne tue pas le rendu, il ne tue pas celui qui a déposé les armes. La distinction n'est pas ornement : elle est la ligne qui sépare le chevalier du Christ du mercenaire.

Le chapitre XLVIII de la Règle primitive interdit au frère de donner mort à un ennemi qui se rend, sauf si le maître ou le commandeur l'ordonne pour raison de guerre. Le chapitre CXXX des statuts hiérarchiques, ajouté au milieu du XIIIe siècle, interdit de maltraiter le captif et oblige à donner à manger au prisonnier avant le propre frère si la provision manque. Le malicide s'applique au combat, non à la défaite. Une fois que l'ennemi a déposé l'épée, il cesse d'être ennemi actif et devient captif — créature du Christ à qui le chevalier doit nourriture et protection.

Bernard articule la limite dans le De laude lui-même, chapitre V, lorsqu'il écrit que le chevalier du Christ ne se réjouit pas de la mort de l'adversaire mais de la justice qui la cause. La mort du sarrasin n'est pas fin : elle est moyen. La fin est la protection du pèlerin et la défense de la Terre Sainte. Si la mort cesse d'être moyen et devient fin, le chevalier a cessé d'être du Christ et est redevenu séculier — il tue non plus par justice mais par sang, et remet son âme en péril.

La limite s'éprouve dans le cas le plus difficile : le captif du propre ordre. La Règle prévoit qu'un frère tombé prisonnier ne doit pas être racheté à prix démesuré, car l'ordre est pauvre et la rançon onéreuse appauvrirait la communauté. Le chapitre CCXLI des retraits, déjà en français médiéval, fixe que le maître ne peut payer pour un frère captif plus qu'il ne coûterait d'entretenir dix chevaliers en commanderie durant un an. La norme est dure. Elle est aussi doctrinale : la vie d'un frère ne vaut pas plus que la mission de l'ordre, et la mission de l'ordre est de défendre le pèlerin, non d'enrichir le sarrasin qui capture. L'Église ne permettait pas que le charisme se corrompît par sentiment. Le chevalier du Christ aime le frère captif. Mais il aime plus la justice que le frère.

Le malicide, donc, n'est pas licence. Il est doctrine avec bord. Il tue l'ennemi au combat, non le captif. Il tue par justice, non par sang. Il tue comme moyen, non comme fin. Qui outrepasse le bord cesse d'être chevalier du Christ et redevient mercenaire — il tue désormais pour prix, non pour charité, et perd l'âme que la profession avait promis de sauver. La Règle le savait. Bernard l'écrivit. L'Église le garda en soixante-douze chapitres pour qu'aucun frère ne pût alléguer ignorance.

VI.De Troyes aux commanderies : la diffusion de la Règle et du De laude

La Règle primitive, approuvée à Troyes, se diffusa en latin parmi les chapelains et en français médiéval — Retrais — parmi les chevaliers lais. La traduction française, datée vers 1140, est antérieure à la bulle Omne datum optimum et prouve que l'ordre voulait mettre la Règle dans la bouche des frères qui ne savaient pas le latin. L'édition de Curzon (1886) et la traduction d'Upton-Ward (1992) conservent les deux versions, latine et française, en parallèle : la latine pour le chapitre, la française pour la commanderie.

La confirmation pontificale vint par étapes. Innocent II, par la bulle Omne datum optimum du 29 mars 1139, exempta l'ordre de la juridiction épiscopale et lui permit d'avoir des chapelains propres avec faculté de confesser et célébrer. Célestin II, par Milites Templi (1144), concéda aux bienfaiteurs de l'ordre indulgence pour leurs aumônes. Eugène III, par Militia Dei (1145), autorisa l'ordre à construire des chapelles propres et à ensevelir dans ses cimetières les frères et les familiers des bienfaiteurs. Trois papes en six ans. L'Église n'avait pas seulement approuvé le charisme : elle l'avait armé canoniquement contre toute ingérence épiscopale.

Le De laude se diffusa par une autre voie : celle du manuscrit. Copié dans les scriptoria cisterciens et dans les commanderies templières, il circula comme texte de recrutement et comme lecture spirituelle des chevaliers. On conserve une trentaine de manuscrits, le plus ancien du milieu du XIIe siècle, conservé à la Bibliothèque nationale de France (ms. lat. 15094). L'édition critique de Leclercq en 1963 collationna les principaux témoins et établit le texte. Le De laude ne fut pas bulle : il n'obligeait pas canoniquement. Il fut voix : il mouvait à la profession et donnait aux frères la raison de leur vie.

La réception dans la Péninsule fut immédiate et dense. La donation d'Alphonse Ier le Batailleur au Temple en 1126 — antérieure au concile de Troyes — montre que la milice opérait déjà à la frontière de l'Èbre avant d'avoir Règle. En 1131, le même roi donna à l'ordre la ville de Saragosse après sa conquête, et dans son testament de 1134 — pièce unique dans l'histoire médiévale — il légua ses royaumes au Temple, à l'Hôpital et au Saint-Sépulcre. Les nobles aragonais n'acceptèrent pas le testament, mais les donations au Temple se maintinrent : Barbastro, Monzón, Huesca. En 1143, Raymond Bérenger IV, comte de Barcelone et prince d'Aragon, signa avec l'ordre le concordat de Gérone, promettant aux Templiers un tiers des terres qui seraient reconquises au sud de l'Èbre. Tortosa tomba en 1148, Miravet en 1153, Peñíscola fut cédée en 1294 par Jacques II. La frontière de l'Èbre devint templière.

En Castille, l'ordre de Calatrava fut fondé en 1158 sous règle cistercienne propre — parallèle au Temple, non subordonné —, mais le Temple opéra dans des commanderies castillanes et léonaises : Villalpando, Ponferrada (cédée en 1178 par Ferdinand II), le pont d'Alcántara. Au Portugal, la donation de Soure en 1128 précéda Troyes ; la commanderie de Tomar fut cédée en 1159 à Gualdim Pais, maître portugais de l'ordre, qui entama la construction du couvent-forteresse en 1160. Tomar fut tête de la commanderie portugaise et deviendrait, en 1319, siège de l'ordre du Christ. La Règle était une. L'Église la faisait valoir de Jérusalem jusqu'à l'Atlantique.

La Règle primitive ne resta pas gelée. Les statuts hiérarchiques, ajoutés entre 1139 et 1250 en chapitres généraux successifs, l'amplifièrent sans l'abroger : ils fixèrent le cérémonial de réception du frère, réglementèrent la guerre en détail, codifièrent la discipline conventuelle. L'édition de Curzon recueille l'ensemble, avec la Règle primitive au début et les retraits en ordre chronologique. L'Église ne gèle pas le charisme : elle le vit, l'amplifie, le précise. La Règle de 1129 resta la racine. Tout ce qui vint ensuite fut ramification.

VII.La Règle comme matrice des successeuses

La Règle primitive de 1129 ne mourut pas avec l'ordre en 1312. L'Église la transféra.

La bulle Vox in excelso du 22 mars 1312, qui dissolut formellement le Temple sous pression de Philippe IV, ne condamna pas la Règle. Elle ne pouvait la condamner : c'était une règle cistercienne approuvée en concile, confirmée par trois papes et vécue durant près de deux siècles par des hommes que l'Église avait canonisés en vie. La dissolution rejaillit sur l'institution, non sur le charisme. Le charisme — chevalier religieux qui défend le pèlerin sous vœux monastiques — restait canoniquement licite. L'Église ne détruit pas ce qu'elle a approuvé : elle le transfère quand l'institution qui l'incarnait s'est corrompue ou est tombée.

En 1317, cinq ans après la dissolution, Jean XXII approuva l'ordre de Montesa par la bulle Pia Matris Ecclesiae (10 juin 1317). Montesa reçut les biens templiers de la Couronne d'Aragon, les frères qui voulurent continuer, et la Règle primitive — adaptée au cadre cistercien de Calatrava, sous patronage royal aragonais. L'ordre suivit la Règle de Bernard jusqu'en 1592, lorsque Philippe II incorpora Montesa à la Couronne. Trois siècles de Règle. En 1319, deux ans après Montesa, le même Jean XXII approuva l'ordre du Christ par la bulle Ad ea ex quibus (14 mars 1319). L'ordre du Christ reçut les biens templiers du Portugal, les frères, et la Règle. Tomar, la commanderie fondée par Gualdim Pais en 1160, resta le siège. L'ordre du Christ suivit la Règle jusqu'en 1789, lorsque la reine Marie Ière la sécularisa ; l'extinction définitive vint en 1834. Cinq siècles de Règle au Portugal.

La continuité de la Règle est la preuve canonique que l'Église ne voulait pas détruire la milice. Si elle avait voulu la détruire, elle n'aurait pas approuvé des ordres successeurs sept ans après la dissolution, avec la même Règle, dans les royaumes — Aragon et Portugal — qui ne s'étaient pas pliés à la persécution de Philippe IV. La dissolution de 1312 fut pragmatisme pastoral sous pression française. La restauration de 1317 et 1319 fut doctrine : l'Église préservait le charisme que la Couronne française avait voulu étrangler.

La Règle de Bernard survécut, donc, à l'ordre qui l'avait reçue. Elle vécut à Montesa jusqu'en 1592. Elle vécut dans l'ordre du Christ jusqu'en 1789. Elle vécut à Calatrava — parallèle cistercienne depuis 1158 — jusqu'en 1836. Cinq siècles et demi de Règle, du concile de Troyes jusqu'aux désamortissements du XIXe siècle. Une seule voix, articulée en janvier 1129 dans une salle de Champagne, que l'Église fit résonner jusqu'à ce que l'État libéral la réduisît au silence.

  • 1312 : Vox in excelso dissout formellement le Temple (par pression française, non condamnation doctrinale). La Règle n'est pas condamnée.
  • 1317 : Jean XXII approuve Montesa comme successeur canonique en Aragon (bulle Pia Matris Ecclesiae). Règle jusqu'en 1592.
  • 1319 : Jean XXII approuve l'ordre du Christ comme successeur canonique au Portugal (bulle Ad ea ex quibus). Règle jusqu'en 1789.
  • Conclusion : l'Église préserva le charisme sous de nouveaux noms. La destruction fut royale, non pontificale.
Règle primitive de Bernard de Clairvaux
1129 – Concile de Troyes · Bernard de Clairvaux
Montesa
1317 · Aragon / Valence
Pia Matris Ecclesiae
Biens → Hospitaliers
1312 · Transfert
Ad providam
Ordre du Christ
1319 · Portugal
Ad ea ex quibus
Ordres parallèles (antérieurs)
Calatrava
1158 · Castille
Cistercienne propre
Santiago
1170 · Léon / Castille
Règle propre

VIII.Le mythe ésotérique et son démontage

Lisez la Règle. Soixante-douze chapitres en latin médiéval, édités par Curzon en 1886 et traduits par Upton-Ward en 1992. Pauvreté, chasteté, obéissance. Liturgie adaptée au lai. Hiérarchie monastique. Discipline conventuelle. Chasse interdite sauf le lion, sans or ni argent dans les harnais, sans baiser femme quelconque. Il n'y a pas un seul chapitre sur l'astrologie. Il n'y en a pas un sur l'alchimie. Il n'y en a pas un sur le Graal, sur Baphomet, sur le Prieuré de Sion. La Règle est cistercienne orthodoxe. Qui veut trouver de l'ésotérisme templier doit ne pas lire la Règle.

Le mythe ésotérique templier est une construction du XIXe siècle, et chaque chaînon de son invention est documenté. Eliphas Lévi, dans Dogme et rituel de la haute magie (1854-1856), fabriqua l'image de Baphomet comme une idole androgyne à tête de bouc, sans autre source que sa propre imagination. Papus (Gérard Encausse) la popularisa dans les années 1890 au sein du martinisme occultiste français. Pierre Plantard, en 1956, inventa le canular du Prieuré de Sion — enregistré comme association civile à Saint-Julien-en-Genevois, dissoute l'année suivante — et fabriqua les fameux « dossiers secrets » déposés à la Bibliothèque nationale dans les années 1960. Gérard de Sède, dans L'Or de Rennes (1967), donna au canular diffusion littéraire. Baigent, Leigh et Lincoln, dans The Holy Blood and the Holy Grail (1982), en firent un best-seller. Dan Brown, dans The Da Vinci Code (2003), l'éleva à la culture de masse. Chaque chaînon a signature et date. Nul n'a source au XIIe siècle.

La Règle démonte le mythe sans nécessité de longue réfutation. Soixante-douze chapitres de moine-chevalier cistercien. Nul grimoire. Nul rite secret. Nulle initiation. La réception du frère, fixée dans les statuts hiérarchiques, est publique : le frère professe en chapitre, devant le maître et les frères, avec formule canonique tirée de la profession bénédictine. Il n'y a pas de grade occulte. Il n'y a pas de « chevalier intérieur ». Qui entre au Temple entre par la porte de la profession monastique, non par celle de l'initiation ésotérique.

Le mythe, en outre, a besoin que l'Église eût persécuté les Templiers pour cet ésotérique supposé. Mais le parchemin de Chinon (1308) démontre le contraire : Clément V les absolut de l'hérésie. La persécution fut royale, non pontificale. Si l'Église ne persécuta pas les Templiers pour ésotériques, il n'y avait pas d'ésotérisme à persécuter. Le mythe reste sans cause historique. Ce qui reste est la Règle — orthodoxe, cistercienne, soixante-douze chapitres de charisme militaro-monastique que l'Église approuva, vécut et préserva.

La Règle n'est pas un texte hermétique. C'est un texte conventuel. Qui la lit trouve des moines avec épée. Qui ne la lit pas trouve ce qu'il veut bien trouver. L'Église écrivit la Règle pour qu'il ne fût pas besoin d'imaginer quoi que ce soit. Soixante-douze chapitres. Cistercien. Orthodoxe. Sans Baphomet.

1307
Procès de 1307
Aveux sous torture, rétractés à Chinon (1308) (Substrat : accusations royales sans valeur canonique)
1854-1856
Eliphas Lévi
Invente l'image de Baphomet (Dogme et rituel de la haute magie, sans source médiévale)
années 1890
Papus
Popularise la lecture ésotérique (Martinisme occultiste français)
1956
Pierre Plantard
Canular du Prieuré de Sion (Association civile à Saint-Julien-en-Genevois, dissoute en 1957)
1967
Gérard de Sède
Diffusion littéraire du canular (L'Or de Rennes)
1982
Baigent/Leigh/Lincoln
Best-seller (The Holy Blood and the Holy Grail)
2003
Dan Brown
Culture de masse (The Da Vinci Code)

IX.La Règle dans l'historiographie moderne

L'historiographie sur la Règle primitive traverse trois phases. La première, ouverte en 1886 par l'édition d'Henri de Curzon, La Règle du Temple, sortit la Règle des archives. Curzon, archiviste du ministère des Affaires étrangères français, collationna le manuscrit parisien (BnF, fr. 1977) avec les principaux témoins de la Règle française et des statuts hiérarchiques, et publia pour la première fois le texte intégral en édition critique. Avant Curzon, les historiens travaillaient sur des extraits cités au procès de 1307-1314 ; à partir de Curzon, ils pouvaient lire la Règle. Son édition, réimprimée par Slatkine en 1977, reste la base de tout travail sérieux.

La seconde phase, ouverte dans les années 1950-1960 par l'école monastique française, reubiqua la Règle dans sa matrice cistercienne. Jean Leclercq, bénédictin de Clervaux et le plus grand bernardiniste du XXe siècle, publia en 1963 l'édition critique du De laude novae militiae au tome III des Sancti Bernardi Opera (Editiones Cistercienses, Rome), collationnant une trentaine de manuscrits et établissant le texte latin. Leclercq démontra que le De laude n'était pas une pièce oratoire isolée : il était la glose théologique de la Règle, et les deux textes — Règle et De laude — ne s'entendaient qu'ensemble. Anselme Dimier, dans des études parallèles sur la Carta Caritatis cistercienne, montra que la Règle primitive prenait de Cîteaux la structure du chapitre, la profession et la filiation. La Règle n'était pas une invention ad hoc : elle était cistercienne de racine.

La troisième phase, ouverte dans les années 1990, porta la Règle au lecteur anglais et au cadre de la réforme grégorienne. Judith Upton-Ward publia en 1992 The Rule of the Templars (Boydell), traduction anglaise annotée de la Règle latine et des retraits français, avec introduction historique. Malcolm Barber, dans The New Knighthood (Cambridge UP, 1994), situa la Règle dans le contexte de la réforme monastique du XIIe siècle et de la théologie du combat juste. Helen Nicholson, dans The Knights Templar: A New History (2001, révisée 2017), synthétisa l'état de la question. Alain Demurger, dans Les Templiers: Une chevalerie chrétienne au Moyen Âge (Seuil, 2005), articula la Règle avec la pratique effective des commanderies. La ligne est claire : plus on lit la Règle, moins il reste de place pour le mythe.

L'historiographie hispanique a travaillé la Règle depuis la réception péninsulaire. Alan Forey, The Templars in the Corona de Aragón (Oxford UP, 1973), reste l'ouvrage de référence pour la diffusion aragonaise. Carlos de Ayala Martínez, Las órdenes militares hispánicas en la Edad Media (Madrid, 2003), intègre le Temple dans l'ensemble des ordres hispaniques et articule la Règle avec le cadre de la Reconquête. La synthèse la plus récente coïncide sur l'essentiel : la Règle primitive est cistercienne, orthodoxe, et sa traçabilité documentaire est maximale. Qui dit le contraire n'a pas lu la Règle.

X.Chronologie

1129
Concile de Troyes
Règle primitive approuvée
c. 1130-1135
De laude novae militiae
Bernard rédige le panégyrique
📖
1139
Omne datum optimum
Innocent II confirme et exempte
c. 1140-1250
Retrais
Statuts hiérarchiques amplifiés
1317-1319
Montesa et ordre du Christ
La Règle transférée
c. 1080
Naissance de Bernard de Clairvaux au château de Fontaine-lès-Dijon.
1113
Bernard entre à Cîteaux avec trente parents.
1115
Bernard fonde Clairvaux.
1119
Hugues de Payns fonde la milice du Temple à Jérusalem.
1126
Alphonse Ier d'Aragon donne Saragosse aux Templiers ; la milice parvient à la Péninsule.
enero 1129
Concile de Troyes : approbation de la Règle latine primitive (72 chapitres).
c. 1130-1135
Bernard rédige le De laude novae militiae à Clairvaux.
29 marzo 1139
Bulle Omne datum optimum : Innocent II exempt le Temple de la juridiction épiscopale et lui permet d'avoir des chapelains propres.
1144
Bulle Milites Templi : Célestin II accorde des indulgences aux bienfaiteurs.
1145
Bulle Militia Dei : Eugène III autorise des chapelles et cimetières propres.
1147
Eugène III concède la croix rouge pattée sur le manteau blanc.
c. 1140-1250
Statuts hiérarchiques (Retrais) ajoutés en chapitres généraux successifs.
1158
Fondation de Calatrava sous règle cistercienne propre (parallèle au Temple).
1159
Gualdim Pais reçoit Tomar ; début du couvent-forteresse portugais.
1312
Vox in excelso : dissolution formelle du Temple. La Règle n'est pas condamnée.
10 junio 1317
Pia Matris Ecclesiae : Montesa reçoit la Règle en Aragon.
14 marzo 1319
Ad ea ex quibus : l'ordre du Christ reçoit la Règle au Portugal.
1592
Philippe II incorpore Montesa à la Couronne. Fin de la Règle en Aragon.
1789
Marie Ière sécularise l'ordre du Christ. Fin de la Règle au Portugal.
1886
Henri de Curzon publie La Règle du Temple (Paris).
1963
Jean Leclercq publie l'édition critique du De laude dans Sancti Bernardi Opera, t. III.
1992
Judith Upton-Ward publie The Rule of the Templars (Boydell).

XI.Sources et bibliographie

  • Règle latine primitive (concile de Troyes, janvier 1129), 72 chapitres. Édition : Henri de Curzon, La Règle du Temple, Paris, 1886 (réimp. Slatkine, 1977). Trad. anglaise : Judith Upton-Ward, The Rule of the Templars, Boydell, 1992.
  • Règle française / Retrais (c. 1140), traduction médiévale en français de la Règle latine. Édition : Curzon, La Règle du Temple, 1886.
  • Statuts hiérarchiques (additions 1139-1250), fixés en chapitres généraux successifs. Édition : Curzon, La Règle du Temple, 1886.
  • Bernard de Clairvaux, De laude novae militiae (c. 1130-1135). Édition critique : Jean Leclercq, H. Rochais, C. H. Talbot (éd.), Sancti Bernardi Opera, t. III, Editiones Cistercienses, Rome, 1963, pp. 213-239.
  • Innocent II, bulle Omne datum optimum (29 mars 1139). Exemption de la juridiction épiscopale et autorisation de chapelains propres. In : Bullarium Romanum, t. III.
  • Célestin II, bulle Milites Templi (1144). Indulgences aux bienfaiteurs. In : Bullarium Romanum, t. III.
  • Eugène III, bulle Militia Dei (1145). Chapelles et cimetières propres. In : Bullarium Romanum, t. III.
  • Geoffroy d'Auxerre, Vita Sancti Bernardi (c. 1160-1170). Attribution à Bernard de la rédaction effective de la Règle primitive. Édition : Patrologia Latina, t. CLXXXV, col. 301-568.
  • Règle latine primitive (concile de Troyes, janvier 1129), 72 chapitres. Édition : Henri de Curzon, La Règle du Temple, Paris, 1886 (réimp. Slatkine, 1977). Trad. anglaise : Judith Upton-Ward, The Rule of the Templars, Boydell, 1992.
  • Règle française / Retrais (c. 1140), traduction médiévale en français de la Règle latine. Édition : Curzon, La Règle du Temple, 1886.
  • Statuts hiérarchiques (additions 1139-1250), fixés en chapitres généraux successifs. Édition : Curzon, La Règle du Temple, 1886.
  • Bernard de Clairvaux, De laude novae militiae (c. 1130-1135). Édition critique : Jean Leclercq, H. Rochais, C. H. Talbot (éd.), Sancti Bernardi Opera, t. III, Editiones Cisterciennes, Rome, 1963, pp. 213-239.
  • Innocent II, bulle Omne datum optimum (29 mars 1139). Exemption de la juridiction épiscopale et autorisation de chapelains propres. In : Bullarium Romanum, t. III.
  • Célestin II, bulle Milites Templi (1144). Indulgences aux bienfaiteurs. In : Bullarium Romanum, t. III.
  • Eugène III, bulle Militia Dei (1145). Chapelles et cimetières propres. In : Bullarium Romanum, t. III.
  • Geoffroy d'Auxerre, Vita Sancti Bernardi (c. 1160-1170). Attribution à Bernard de la rédaction effective de la Règle primitive. Édition : Patrologia Latina, t. CLXXXV, col. 301-568.

XII.Questions fréquentes

La tradition cistercienne, recueillie par Geoffroy d'Auxerre dans la Vita Sancti Bernardi (c. 1160-1170), attribue à l'abbé de Clairvaux la rédaction effective de la Règle latine primitive approuvée au concile de Troyes (janvier 1129). Bernard, présent à l'assemblée, prit la plume après l'esquisse présentée par Hugues de Payns. Le De laude novae militiae, rédigé entre 1130 et 1135, est postérieur à la Règle et la glose : il fixe la théologie qui justifie le cadre canonique. La Règle est le code. Le De laude est la voix. Tous deux sont bernardins.

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